Martine Albert
Cryptozoospermie : prélèvement ou éjaculation ?
Martine Albert (Poissy)
Service d'Histologie-Embryologie-Cytogénétique, Biologie de la Reproduction et Génétique
Médicale, 78303 POISSY Cedex
mapoissy@wanadoo.fr
L'avènement de l'ICSI a complètement bouleversé la prise en charge des infertilités masculines sévères, puisqu'il suffit de quelques spermatozoïdes éjaculés ou prélevés dans le testicule pour obtenir une fécondation et une grossesse. Cette fécondation peut être obtenue indépendamment de la concentration et de la mobilité spermatiques et à l'exception de quelques rares altérations ultrastructurales très spécifiques.
Dans le cadre des olgozoospermies les plus sévères (moins de 100.000 spermatozoïdes dans l'éjaculât), le cas des cryptozoospermies est particulier. La cryptozoospermie est définie par l'absence de spermatozoïde observé à l'examen microscopique direct d'une goutte de sperme et se distingue, de l'azoospermie par le fait qu'une recherche approfondie permet néanmoins d'en retrouver quelques uns.
Cette situation constitue une alternative éventuelle à la biopsie testiculaire et amène plusieurs questions essentielles :
•  pratiquement, quelle technique spécifique de récupération de ces rares spermatozoïdes faut-il mettre en œuvre ?
•  si une tentative d'ICSÎ est envisagée, est-il nécessaire de congeler préalablement de tels spermatozoïdes et comment ?
•  quelle issue peut-on attendre de ces tentatives en terme de taux de fécondation, de grossesses cliniques et de naissances ?
En fait, la littérature concernant la prise en charge de tels spermes est peu abondante et ces cas extrêmes ne sont pas si nombreux. Ceci a amené certains centres d'AMP, à l'initiative de la SALF (Société d'Andrologie de Langue Française), à mettre en commun leur pratique et leurs résultats afin d'apporter quelques éléments de réponse. Un recensement de tous les cas de patients présentant une oligozoospermie extrême et pris en charge en AMP a été effectué par le biais d'un questionnaire dont les principaux volets concernaient plus particulièrement : les antécédents, l'examen clinique, les bilans préalables, les modalités de récupération et de congélation des spermatozoïdes, les résultats des tentatives d'ICSI Ce travail collaboratif a porté sur 118 patients et 11 d'entre eux avaient été adressés pour contrôle d'azoospermie avant biopsie testiculaire... Dans 32 cas (27,1%), on dénombrait moins de 104 spermatozoïdes dans l'éjaculât Dans la série examinée, aucun élément du bilan n'est apparu prédictif de l'issue des tentatives d'ICSI. Les modalités techniques de traitement du sperme ont montré des expériences différentes et un essai de standardisation a été proposé. Enfin, les tentatives d'ICSI ont donné lieu à 217 transferts chez 117 couples, 43 grossesses cliniques ont été obtenues aboutissant à 41 enfants nés vivants, bien portants (31 grossesses monofoetales et 5 gémellaires), 6 fausses couches et 1 grossesse extra-utérine. Le sperme autoconservé du conjoint a été utilisé pour 7 couples, du fait de l'absence de spermatozoïde injectable le jour de l'ICSI.
Les résultats obtenus dans cette série de 118 patients seront analysés et discutés. Ils tendent à démontrer l'intérêt de systématiser la recherche approfondie de spermatozoïdes dans tous les cas d'oligozoospermies extrêmes. Une évaluation précise du nombre de spermatozoïdes disponibles et de leur mobilité (voire de leur vitalité) est indispensable pour apprécier la faisabilité de l'ICSI avec spermatozoïdes éjaculés et éviter peut-être de recourir à un prélèvement testiculaire.
Sperm Today 09/10/2004 Fichier PDF nécessite Adobe Reader cryptozoospermie.pdf (254 Ko)